Débat
Pour tenter de comprendre la crise interne du NPA : novembre 2011.
Ça fait quelque temps que je pensais écrire quelque chose pour tenter de comprendre ce qui se passe réellement au NPA, depuis le congrès. En effet, il me semble que c'est là le début de la crise. J'évoque aussi le congrès car j'ai eu la chance d'y participer et j'avais pointé, déjà à l'époque, certains dysfonctionnements ou du moins qui m'étaient apparus comme tels. J'en avais d'ailleurs fait état oralement lors de mon compte rendu au comité de Nîmes et aussi par écrit car j'avais pris la peine de rédiger quelque chose.
Tout d'abord j'ai la faiblesse de penser que les choses sont en réalité plus simples qu'il n'y paraît au premier coup d'oeuil : en effet et il s'agit là d'une vieille tare du trotskisme que de compliquer les choses à l'envie ! Autre tare bien connue, ne pas dire les choses clairement, ce qui aurait l'énorme avantage de prendre une décision en toute connaissance de cause, en somme après débat de trancher, pour travailler et continuer à avancer ensemble. La clarté, c'est aussi de la démocratie...
Mon hypothèse de départ, c'est que la question du positionnement du NPA vis à vis de Front de Gauche est au centre de nos divergences actuelles.
- Il y a des points d'accords sur cette question entre nous. Le PS est bien social-libéral ( et non même plus social-démocrate ) et nous avons tout à craindre de son retour au pouvoir demain. En clair nous sommes tous d'accord pour dire que ce qui nous pend au nez, c'est l'austérité façon PS Espagnol ou Grec.
- Dans les luttes sociales on doit frapper ensemble contre les possédants, ce qu'on qualifiait autrefois de front unique ouvrier. Cette unité est valable sous Zébulon mais aussi avec le « candidat normal ».
- Face à ce PS qui tend vers l'hégémonie « à gauche », la gauche radicale anti-libérale ( et anti-capitaliste ) doit peser le plus possible pour obtenir des résultats concrets pour améliorer la vie quotidienne des travailleurs.
Ces points d'accord posés, il me semble bien que
c'est sur la stratégie du NPA dans la période électorale qui s'ouvre, que certains camarades se déchirent. Ce n'est pas nouveau : depuis la naissance du NPA, à chaque échéance électorale, le problème s'est posé quasiment
de la même façon.
- Les points de désaccord portent donc sur la stratégie électorale.
- a) La position B ayant la même analyse sur la nature profonde du PS, pense que toutefois et sur le plan électoral, il est possible tout de même de faire quelque chose avec le Front de Gauche. Ces camarades sont bien conscients des ambiguïtés du F de G vis à vis de l'exercice effectif du pouvoir avec le PS : par exemple en participant, très probablement, à la nouvelle mouture du futur gouvernement du nouvel avatar de la gauche plurielle. Mais ces camarades estiment que l'on doit tout de même travailler avec le F de G ou du moins tenter de le faire, afin de le pousser dans ses retranchements et faire apparaître ses nombreuses contradictions. Dont acte, pourquoi pas.
- Concernant les présidentielles, faire quelque chose, ça veut dire quoi, alors que le NPA dispose d'un candidat ? Spéculer sur le fait que nous n'aurons pas nos 500 signatures ? Cette attitude suicidaire n'est sûrement pas le fait de l'écrasante majorité des camarades qui soutiennent la position B, j'en suis convaincu. Alors on peut tirer un trait du côté des présidentielles, me semble-t-il.
- Peut-être alors faut-il penser à d'éventuelles « tractations » pour les prochaines législatives ? Je pense que l'impérialisme du PS mais aussi du F de G , ne devrait pas laisser trop d'espoirs au NPA. Les leaders de la position B sont très probablement conscients de cet état de fait. Là encore, tirer un trait à presque coup sûr ? En conclusion, beaucoup d'incertitudes, peu de « concret électoral » dans la position B de mon point de vue.
- b) L'autre option, composée d'une partie de l'ancienne position 1 du congrès et de la position 2, actuellement majoritaire au sein du CPN, a donc un autre point de vue pour les élections qui s'annoncent. Ils considèrent donc qu'il est impossible de faire quelque chose sur le plan électoral avec le F de G. La question du PS est bien sûr au centre du problème : même si le F de G peut se montrer très critique à l'occasion vis à vis du PS, il reste toutefois indubitablement lié à lui par « la gamelle ». En effet, l'appareil restant du PC, non négligeable même si vieillissant, demeure arque bouté sur ses élus dont il a un besoin vital pour survivre, financièrement entre autre mais pas seulement : les élus du PC, c'est aussi ce qu'il leur reste de crédibilité... Or le maintien de ses élus passe obligatoirement par des accords de second tour avec le PS. De ce fait le choix d'une vraie rupture d'avec le PS ne peut pas être fait : si d'aventure le PS considérait le PC et le PG comme trop critiques vis à vis de lui, il pourrait très bien décider de l'envoyer promener...Grosse Katastrophe !
- La meilleure illustration de cette politique ambiguë « de milieu du gué » se fait depuis des lustres dans les pouvoirs locaux ( municipalités, départements et régions ) où le PS et le F de G cogèrent allègrement avec dans l'ensemble, fort peu d'anicroches...
- Cette contradiction fondamentale est en permanence présente dans les vas et viens de Mélanchon. Je tire à boulets rouges sur le PS un jour, l'autre je trouve des convergences avec tel ou tel candidat aux primaires, dont on sait que tous au bout du bout soutiendront Hollande...Un coup oui on peut participer à un futur gouvernement de la gauche, un autre coup non, c'est exclu...Ce flou fort peu artistique mais très politique politicienne est au centre de la tactique du F de G. On peut aussi penser que le F de G sert aussi à ça : éloigner les gens du NPA et draguer les voix radicales, au bout du compte, pour le PS...
- Que doit-on faire au NPA avec ça ? Et bien il y a deux réponses, on l'a vu, qui l'une et l'autre comptent avantages et inconvénients du point de vue de notre pédagogie politique.
- Avantages et inconvénients des deux positions.
- a) La position B a l'énorme avantage de ne pas prêter le flanc aux accusations sectarisme, le NPA refusant l'ouverture de Mélanchon préférant l'isolement dans sa tour d'ivoire. La position B ne permet pas non plus de laisser dire que l'on ne fait pas tout pour empêcher la réélection de Zébulon : la priorité absolue c'est de le chasser car sa détestation est profonde dans l'opinion publique. C'est le TSS. Cette position éloigne aussi en apparence du moins, le risque réel, d'une nouvelle marginalisation du NPA du la scène politique, façon traversée du désert de la LCR. Tout cela est vrai en théorie : mais quelle influence réelle aurions-nous alors avec cette position vis à vis du F de G ? Le NPA ne deviendrait-il pas invisible, inaudible dans ce cas ? Les craintes me semblent fondées. Car tout de même notre parole politique est en tous points originale et nous devons la faire entendre. Le F de G ne le fera pas à notre place...
- b) La position actuellement majoritaire - semble-t-il - dans l'organisation a le principal avantage de « la pureté », de la clarté vis à vis du PS résolument classé dans le camp des possédants du fait de leur politique social-libérale. On ne véhicule aucune illusion, aucune ambiguïté. Le peuple ne peut en aucun cas compter sur eux. Cette position nous rapproche aussi résolument des indignés anti-institution. Ce n'est pas rien dans la période pour des révolutionnaires ou anti-capitalistes comme le NPA. Elle nous rapproche aussi des révolutions arabes en cours dont le terme n'est pas du tout arrêté - l'islamisme n'est pas forcément obligatoire - enfin elle nous tourne résolument vers les classes populaires qui ne votent pas ou plus car elles rejettent en bloc toute la « classe politique », de droite comme de gauche. Or les classes populaires constituent bien un public pour nous NPA , principal.
- La contre partie risquée, on l'a vu c'est l' isolationisme. D'une certaine façon cette position actuelle du NPA est un pari, raisonnable de mon point de vue car ancré sur une actualité, française et plus encore internationale. Mais elle reste un pari, car en ce moment le mouvement social en France est au plus bas. Mais les choses peuvent évoluer très vite, on le sait.
- A l'issue du WE de réunions de courants ( 5 et 6 novembre ), je ne dispose pas de beaucoup d'informations écrites. Seul le texte de la B est paru. C'est un bon texte, bien écrit, qui illustre mon propos au bout du compte : unité dans les luttes ( mais nous sommes tous pour le front unique ouvrier, ce n'est pas un point de désaccord !), mais aussi sur le terrain politique ( les urnes ), « notamment pour les législatives ». On l'a vu, c'est pas gagné. Là oui il y a désaccord. Mais les camarades de la B font le pari que « le bloc défendant une solution radicale contre la crise », refusera « la participation à un gouvernement et à une majorité parlementaire PS ». Là encore, ce n'est pas gagné, le proche avenir nous le montrera à coup presque sûr...Le F de G on l'a vu, a bien un besoin vital du PS, qui passe par les nécessaires alliances. Or dans « le bloc », le F de G est essentiel on le sait.
- Que mon propos soit clair : s'il était possible de regrouper la gauche radicale sur des bases clairement anti-social-libéral, sans illusions et donc sans accords de quelque ordre que ce soit avec le PS, alors oui le NPA devrait à l'évidence foncer du côté de cette unité. Y compris sur le plan électoral. Le problème c'est que ces conditions ne sont pas du tout remplies. Particulièrement par le PC. Si demain le PG se lançait dans la constitution d'une gauche radicale et anti-libérale ( et pas forcément seulement anti-capitaliste ) et donc rompant avec le PC et sa gamelle, alors oui je pense qu'il faudrait que le NPA marche avec le PG : mais avec Mélanchon, de ce côté là, on est tranquille pour le moins...Ah la démocratie au PG, un peu comme il y a eu un temps le Che de Belfort qui d'ailleurs sort un peu des limbes , il y a maintenant le Matamore blanchi sous les lambris de la république...Beaucoup de similitudes finalement !
- « Que faire avec les élections bourgeoises ? », un débat éternel au sein de la gauche radicale.
- Même si ce débat s'est déjà tenu cent fois par le passé, il demeure bien sûr respectable et nécessaire. En effet les conditions d'une élections ne se répètent pas à l'infini, les choses au contraire, sont en évolution perpétuelle. Mais il faut alors poser le problème clairement, mettre bien sur la table les enjeux et les différentes options possibles. Et ensuite on décide ensemble dans nos instances, en toute connaissance de cause, puis on continue notre route ensemble une fois l'option choisie majoritairement. Sans y revenir sans cesse et en acceptant d'avoir été minoritaire (ou majoritaire d'ailleurs). C'est la démocratie...Malheureusement ce n'est pas du tout ce qui se passe, les enjeux ne sont pas clairs, les décisions – pas assez nombreuses au demeurant - pas ou peu respectées. Et ce, dans tous les courants, au sein de ce me semble être une sorte de guerre des chefs...Car du fond de notre province, on prend plein de choses sur la figure avec une absence remarquable d'infos pour nous aider vraiment à comprendre ce qui se passe. Pire on assiste à une fuite en avant de tous les courants( multiplications de réunions nationales avec effet d'annonce ), conséquence d'un refus du compromis et des concessions nécessaires. En conséquence l'avenir du NPA est de fait en péril.
- Illustration du propos. Lors du congrès sur la question du voile, la messe était dite clairement : l'amendement d'Avignon a été très minoritaire ( un peu plus de 30% de mémoire ) et malgré tout, les mauvais perdants de tous les courants n'ont pas accepté ce verdict démocratique. Au point de faire voter une conférence nationale spécifiquement consacrée au voile, toute affaire cessante! Depuis on a eu d'autres problèmes et plus personne n'a osé évoquer à nouveau la conférence...
- Même chose pour les motions d'actualité de fin de congrès: alors que l'on se dirigeait vers une absence de texte voté majoritairement (hors « nos réponses à la crise », bon texte mais n'abordant pas les questions de tactique électorale), la motion 1 et la 2, très proches à l'évidence -relisez-les avec le recul vous verrez- pouvaient fusionner avec quelques concessions de part et d'autre, pour n'en faire qu'une qui aurait été votée très largement par le congrès. J'ai la faiblesse de penser que si on y était parvenu, il n'y aurait pas de crise actuellement au NPA! Mais non, impossible : pour ma part je me suis alors beaucoup agité dans les couloirs pour comprendre cette impossibilité obstinée, en pure perte!
- Pour moi il y a actuellement un vrai problème de comportements et de démocratie, une sorte de maladie infantile de la naissance du NPA qui, Philippe C. a sans doute raison, n'est pas encore né au bout du compte! Quant à la fraternité on en est encore plus loin...
Voilà le but de ce texte n'est pas du tout polémique. Nous devons collectivement comprendre ce qui se passe. Ce texte a cette prétention, parmi d'autres textes pas assez nombreux à mon goût. Voilà, je propose donc qu'il circule le plus largement possible au sein du NPA.
Guy DEJEAN, Comité NPA de Nîmes.
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Que la lutte continue! Démantelons le régime en agonie avant qu'il se restaure!
Ne crions pas victoire si vite; tant que Ghannouchi, Mbazaa et cie gouvernent, tant la révolution est à ses débuts. L'aboutissement immédiat de la révolte citoyenne est sûrement encourageant. Mais, devant elle, persistent plusieurs étapes à franchir, le démantèlement du RCD, des milices du régime en agonie, de ses forces armées, de son parlement et de son gouvernement. Tous à la poubelle!
Nouveau pouvoir veut dire, entre autre, nouvelle constitution, nouveaux élu(e)s des citoyens, émergeant d'élections libres et directes, donc une assemblée constituante.
Les petits politiciens qui accourent de toutes horizons pour constituer un gouvernement "d'unité nationale" ne font que cautionner les essaies du régime en agonie à se restaurer.
Union nationale! contre qui? contre le peuple qui a chassé Ben Ali? contre le pillage, le chaos et la terreur? mais c'est eux qui le sèment!! Armons-nous et organisons nos comités d'auto-défense pour les abattre.
Une grande manœuvre pour voler les fruits de la révolution citoyenne. La révolution a engendré et engendrera ses leaders émergeant des luttes. C'est à eux de la représenter.
Mohamed Amami
Couvre-feu en Tunisie ! Quelle signification politique ?
Un texte de Fatim CHAMKY communiqué par notre camarade Mohamed AMANI.
A peine quelques heures après sa nomination, le nouveau ministre de l’Intérieur a décrété le couvre-feu de 20h à 5h30 sur 4 gouvernorats du pays qui constituent ‘le grand Tunis’, qui abritent environ le ¼ de la population de la Tunisie et où se concentre plus de la moitié de son activité économique. De plus, la police continue de tirer sur les manifestants, et le bilan des victimes ne cesse de s’alourdir. Bien entendu, personne en Tunisie ne croit que le nouveau ministre est à l’origine de l’ordre du couvre-feu ni de celui de la poursuite des assassinats, pas plus que son prédécesseur n’était le responsable directe des massacres précédents. Nous savons tous que rien ne se décide en Tunisie sans l’aval de Ben Ali, surtout en matière de sécurité, domaine qu’il tient sous son contrôle depuis bien avant son ascension à la tête de l’Etat en 1987. Le remplacement du ministre de l’Intérieur qui est jugé par certains observateurs comme étant une mesure d’apaisement est loin d’en être une. D’ailleurs, qu’est ce qui a changé, sinon vers plus de répression ? En réalité, Ben Ali, tout en désignant un bouc émissaire (à toute fin utile, qui sait ?), cherche à soulager la pression qui pèse sur certains ‘gouvernements amis’ du Nord du fait de leur silence complice vis-à-vis des massacres en Tunisie, notamment les gouvernements français et italien. 1-La protestation sociale a débuté le 17 décembre dernier à Sidi Bouzid (Centre ouest de la Tunisie) à la suite de l’immolation d’un jeune chômeur de 26 ans, diplômé de l’université, avant de s’étendre au reste du pays et de s’amplifier. Pendant la première semaine la contestation est restée circonscrite à Sidi Bouzid et dans certaines petites villes des alentours, jusqu’à ce que la première victime tuée par balle tombe le 24 décembre. 2-L’usage de balles réelles contre les manifestants a été la réponse du pouvoir face à l’extension de la contestation à d’autres régions, notamment Tela et Kasserine. Mais, l’usage d’armes à feu est resté ‘modéré’ pendant une dizaine de jours, avant de tourner au massacre au cours du deuxième weekend de janvier et de se poursuivre depuis. Le nombre de victimes se compte par dizaines et celui des blessés par centaines. 3-Depuis hier, une étape décisive dans l’extension du mouvement social a été atteinte quand la révolte a fini par s’installer à Tunis, capitale et cœur névralgique du pays. Suite à l’impuissance de la répression sanglante à étouffer le mouvement, comme ce fut le cas lors du soulèvement du bassin minier en 2008, le pouvoir a déployé l’armée depuis une semaine, d’abord dans les villes de l’intérieur, puis sur tout le territoire, notamment à Tunis. La décision du couvre-feu intervient donc alors que le mouvement s’est étendu à l’agglomération de Tunis.
Cela nous amène à faire les remarques suivantes : -Un mouvement de contestation spontané qui gagne rapidement tout le pays, et s’installe dans la durée (27 jours maintenant), malgré une répression sanglante. -Dans un pays qui est donné en modèle pour ‘sa réussite économique’ et qui est considéré comme ‘pays émergeant’ grâce, surtout, à sa discipline dans l’exécution des politiques capitalistes libérales des institutions financières internationales, qui finit par exploser comme un baril de poudre Finalement, un système économiquement prédateur et socialement très injuste fort d’¼ de siècle d’une répression systématique qui a abouti à une pacification quasi-totale de la société, a fini par voler en éclats à force d’avoir accumulé tant de tension sociale, d’humiliation et de haine aussi. Comment il va se terminer ? Personne ne peut le dire à l’heure actuelle, mais une chose est sûre ; il est d’ores et déjà mort ! -Une chose est sûre, le pouvoir s’affole car il n’arrive pas à comprendre pourquoi sa machine répressive ne produit plus ses effets habituels ! Ce pouvoir a pratiqué la répression et le déni de droit, à tel point, qu’on peut dire, à juste titre, qu’il ne sait faire que ça ! Un tel pouvoir n’est pas réformable ! C’est d’ailleurs ce que confirme le déploiement de l’armée puis le couvre-feu, et la cécité qui est la sienne et qui l’empêche de comprendre le sens historique du mouvement social qui se déroule devant lui. Ceci étant dit, tous ceux qui espèrent encore, dans l’opposition, une ouverture démocratique du pouvoir, un tant soit peu, se trompent gravement. Une telle erreur ne peut que prolonger les souffrances du peuple tunisien. -Certains, dans le pouvoir comme dans l’opposition, veulent dissuader Ben Ali de l’utilisation de la force armée, et d’opter pour une ouverture démocratique. La formule de ‘gouvernement de salut national’ me parait résumer assez bien ces tentatives. S’y résignera-t-il si la situation l’exige ? J’en doute fortement ! La révolution est en marche, elle seule possède la réponse à toutes ces questions. Tunis, 12 janvier 2011 Fathi Chamkhi RAID-ATTAC/ CADTM TUNISIE
Fathi CHAMKHI
Fixe + 216 79 32 51 58
Mob. + 216.98.52.23.78
postal: 9, rue du Stade
ERRIADH 8020 - Tunisie
NOTES ET COMPTE RENDU
CONFERENCE NATIONALE SUR LE MOUVEMENT SOCIAL , 11 DEC MONTREUIL
Participation: 650 camarades le matin et sans doute 700 l'après-midi avec des jeunes lycéens et étudiants NPA. Filles un peu moins, garçons un peu plus ( comme d'habitude ), âges variés et pas mal de jeunes je trouve, pas mal de moins jeunes aussi. Donc une participation très fournie de mon point de vue qui vient à point, au terme de ce mouvement exceptionnel. Incontestablement le NPA a vu juste en organisant maintenant une telle réunion. Ce premier bilan était nécessaire.
Gard: 7 camarades, Loïc et Mireille ( Ales ), Daniel, Renaud, Christiane ( Uzes ), Mohamed et Guy ( Nîmes).
Pour préparer cette réunion, le NPA a publié un cahier spécial CILT, très intéressant, que je vous invite vivement à lire.
10H30 - 12H30 : séance plénière, plusieurs interventions de camarades faisant une analyse du mouvement et relatant aussi certaines expériences de forte mobilisation ( P. Godard, Marseille ).
Beaucoup de choses se sont dites, un peu en vrac, mais à mon sens il fallait procéder ainsi:
- la barre était placée très haut, le mouvement n'a pas réellement cru que c'était possible de gagner. On y est allé, mais sans y croire réellement, « à l'économie », « on » ne peut pas gagner contre Sarko (!),
- le mouvement a été très fort à Marseille à partir de la grève des femmes des écoles ( territoriaux), déterminé, très long, étonnant. Par contre elles ne sont pas allées aux manifs, curieusement, alors qu'elles ont fait la grève peut-être la plus longue,
- les manifs ont été partout massives, les cortèges de la CGT particulièrement fournis,
- la fondation COPERNIC a lancé le truc et a aidé à faire progresser nos idées, mais qu'est-ce que ça veut vraiment dire que « gagner la bataille de l'opinion » au bout du bout ( leitmotiv de la FSU entre autre ),
- le MEDEF s'est montré discret en laissant le gouvernement en première ligne ( partage des tâches),
- la gauche de droite est sortie du bois à cette occasion en votant scandaleusement l'allongement des annuités,
- le référendum Mélenchon placé à ce moment là, n'a pu que jouer l'institution contre le mouvement social, cette analyse fait l'unanimité chez nous,
- une société plus précaire et éclatée qu'en nov. déc. 95 a sûrement rendu la mobilisation plus difficile ( voir l'évolution de l'implantation des salariés dans les entreprises en France en 20 ans, moins de grosses boîtes, beaucoup plus de petites isolées, sous traitantes souvent de plus importantes où l'action collective est plus difficile . Mais cela n'explique pas tout, loin de là et n'empêche pas les mobilisations, la preuve,
- une société qui à l'évidence souffre plus au travail qu'il y a quelques années, voit les 60 ans comme une délivrance : 2 ans de plus a été compris comme une attaque inacceptable.
Puis les interventions de la salle, nombreuses où, finalement, les infos et analyses se recoupent :
- on l'a déjà dit, grosses manifs partout, avec pas forcément de grévistes sinon en débrayages courts ou en 24 heures dans le meilleur des cas, la GREVE A L'ECONOMIE,
- les grèves reconductibles, minoritaires, ont été le fait du travail de militants lutte des classes de divers syndicats, dont la CGT pas seulement Solidaires, mais la présence de ces militants déterminés n'a pas forcément suffit à déclencher la reconductible,
- partout des cortèges de Solidaires jeunes et dynamiques, fournis et qui se sont renforcés en cours de mouvement,
- les fameux blocages, marque de fabrique incontestable de ce mouvement, symboliques ou économiques, dont il faut mesurer le rôle et l'importance mais qui participent aussi de cette grève à l'économie déjà citée deux fois,
- globalement probablement plus de journées de grève qu'en nov.déc. 95, mais il faudra attendre les chiffres officiels longtemps,
- le rituel de l'appel à la grève générale, certes un peu incantatoire et mythifié ( il y en a eu peu dans notre histoire sociale ), était toutefois juste politiquement. Il semble avoir été compris par le mouvement non pas comme étant déplacé, hors de propos, mais plutôt irréalisable dans le contexte ( et pas irréaliste ce n'est pas pareil),
- l'échec est incontestable du point de vue des retraites et de la contre réforme, mais du point de vue des travailleurs, il faut probablement nuancer. L'idée d'une victoire à la Pyrus a été reprise par nombre de camarades. De mon point de vue peut-être que c'est vrai, mais il faut attendre pour en être sûr. Dans l'EN on a un contre exemple en 2003, dans des conditions certes différentes : le trauma est intact 7 ans plus tard. En tous cas il y a depuis la fin de ce mouvement, déjà, dans le pays des grèves significatives sur les salaires en particulier,
- échec tout de même mais une certaine re-politisation de pas mal de travailleurs, on ne va pas en rester là, ça va ressortir à un moment ou à un autre,
- le mouvement a été partout particulièrement faible dans l'éducation nationale, même là ou des équipes radicales de militants se démenaient comme des malades. Les 100 000 suppressions d'emplois en 7 ans ont contribué à changer le milieu. Ce n'est pas la seule raison, 2003 on l'a déjà vu, aussi les jeunes enseignants qui ont dans l'ensemble une conception très sage du politique et du social. N'oublions pas le vote enseignant majoritaire en faveur de Bayrou en 2007,
- la notion de guérilla sociale au terme du mouvement, à partir du texte de P. Corcuff qui figure dans le cahier préparatoire, a été peu abordée, une fois j'ai noté pour ma part, en termes peu favorables ( échec du mai rampant Italien se soldant par une grande répression de la classe ouvrière et un recul important et durable de la capacité de mobilisation- à vérifier car je ne connais pas assez cet épisode ),
- par contre paradoxalement les AG interpro et l'AG des AG à Tours et Nantes ont été abordées à plusieurs reprises ( à mon avis c'est lié à la guérilla j'y reviendrai plus loin ),
Repas froid pris sur place, sympa et bien organisé ( idem pour les hébergements ) par les camarades de l'île de France, dans une ambiance détendue, de franche camaraderie en route vers le socialisme du 21° siècle ! Mais oui, mais oui...
Un bémol pour le lieu retenu qui sera aussi celui de notre prochain congrès d'après ce que j'ai compris : la mauvaise acoustique, en particulier pour les commissions. A revoir, c'est important.
Par ailleurs je ne peux rien dire du meeting du soir avec O.B car j'ai repris mon train avant. D'autres camarades gardois sont restés.
Puis se sont tenues deux séries de réunions en commissions, à 14 heures puis à 16H30 jusqu'à 18H30, fin de la conférence. Pour ma part j'ai participé aux commissions « analyses » et « éducation ».
EN GUISE DE CONCLUSIONS PROVISOIRES.
L'échec incontestable du mouvement montre bien en creux, que la question de la grève générale et reconductible demeure centrale si on veut gagner quelque chose. Même si cette « grève générale » aurait très bien pu n'être que
partielle pour ne pas donner dans le mythe. Il y a un seuil à franchir et on était pas forcément très loin entre le 12 et le 19 octobre. On a beaucoup discuté lors de cette conférence autour de la culture française des manifs, pas si ancienne que ça, et de son évolution récente dans le pays. En 36 il n'y a pas eu de manifs, les travailleurs restaient dans leurs usines. En 68 il n'y a eu que peu de manifs réellement importantes. Par contre 650 millions de journées de grève !! Pour nombre de gens la manif est devenue l'objet principal de la contestation, une espèce de substitut à la grève pour créer un rapport de force avec les patrons. D'où l'importance de la bataille des chiffres. La société du spectacle...Encore la lutte à l'économie...Cette affaire des retraites montre bien que le pouvoir et la bourgeoisie s'accommodent parfaitement des manifs même massives. Ils ont digéré les expériences des grosses manifs précédentes de janvier 94- loi Falloux-, nov/déc 95, surtout 2003 et 2009 ( le désastre de la ballade, à partir du 29 janvier, de l'intersyndicale fantoche de l'époque !) et en ont tiré des conclusions offensives pour leur pouvoir de classe. Contrairement à ce qu'on entend trop facilement, ces gens là ne sont pas que cons, ils pensent, analysent et agissent en conséquence. Beaucoup de sociologues très politiques travaillent aussi pour eux, ce ne sont pas tous des copains de Philippe ! Ces manifs n'ont aucun effet au bout du compte car elles ne représentent pas de dangers suffisants pour leur pouvoir, en particulier économique .
Pour certains camarades du NPA il fallait aussi un débouché politique à la crise, clef en main immédiatement. Pour ma part je ne vois pas les choses ainsi : gagner dans cette affaire pouvait simplement être obtenir un recul significatif du pouvoir sur cette contre réforme des retraites, même partiellement. Ce succès aurait forcément induit dans la société un recul du libéralisme et du marché et de la finance dans la tête du peuple. Pour moi, c'est ça qui compte. Et si en plus on avait eu une crise politique assez logiquement, alors tant mieux : le NPA se serait adapté, notre arsenal idéologique et pratique, politique en somme, est suffisant. On aurait su quoi faire, je n'en doute pas.
Donc défaite mais pas totale, structurelle et profonde : en 1922 une grève d'un mois de cheminots en France s'est soldée par 18 000 licenciements ! Pendant 20 ans il ne s'est plus rien passé chez les cheminots...Sur ce coup là, en 2010, rien de tel. On peut et on doit continuer à discuter des perspectives d'une autre grève générale. C'est encore possible : la claque n'a pas été telle qu'elle fermerait toute possibilité de discuter. La grève générale par procuration, en la confiant à certains secteurs clefs de l'économie ( les transports, les raffineries etc ) ça ne marche pas du tout ! Même les secteurs en pointe, stratégiques dans la lutte ne peuvent pas régler la question du rapport de force pour tous les autres. Même les secteurs qui ne se vivent pas comme directement « productifs »- qu'est-ce que ça veut dire réellement ?- sont déterminants dans la lutte. Par exemple l'E.N ou le tertiaire en général. En clair la grève dans les raffineries n'a pas empêché qu'il était aussi indispensable de bloquer l'économie et l'activité ailleurs, même s'il était illusoire de le faire réellement partout. Mais en tous cas plus, plus largement que ce qui a pu être fait en octobre 2010.
Concernant les différentes formes que peut prendre maintenant la lutte, il me semble que le texte de P. Corcuff ( Pour une guérilla sociale, durable et pacifique ) s'il était en son temps un peu prématuré- ou clairvoyant ?- mérite qu'on s'y intéresse à nouveau. La sévérité d'une seule intervention lors de la conférence à ce propos, ne doit pas gommer ce que Philippe a réellement écrit. C'est une idée, un peu neuve, surfant sur les formes originales de ce mouvement, en aucun cas un modèle italien à plaquer dans la France de 2010. Il est évident que ni la loge P2 ni les Brigades Rouges se sont dans notre paysage ! Pour autant la persistance des AG interpro ( et Chambéry en janvier prochain ) est un signe que le NPA doit prendre en compte. On verra bien si cette affaire a de l'avenir ou pas, le NPA peut aussi contribuer à aider dans le bon sens.
Cette Conférence Nationale conforte l'idée que le NPA est aussi et encore une machine à produire des analyses qui se recoupent et font une quasi-unanimité entre nous. Chacun dans notre coin on a donc bien vécu la même mobilisation, nos analyses se confortent et se complètent. C'est finalement rassurant, le NPA reste une machine à produire de l'intelligence collective. Un bon signe pour la suite. Mais nous devons être plus nombreux, nous renforcer, accepter toutes sortes de militants avec leur diversité, leurs parcours propres avec la seule convergence première mais capitale, de se retrouver un jour, au détour de la vie, dans un même NPA. C'est un point de départ certes mais il ressemble aussi à une arrivée !
Guy DEJEAN, le 13 décembre 2010.
Je rajouterais seulement que le récit du déroulement et des formes de la mobilisation par des camarades d'origines diverses -géographique et sectorielle - a révélé de nombreuses similitudes, comme par exemple l'absence d' AG qui mettait en difficulté les possibilités de reconduction sans attendre les dates fixées par l'intersyndicale.
et, c'est une évidence mais ça fait du bien de le rappeler , la mobilisation a été largement amplifiée dans les endroits où les équipes syndicales étaient plus radicalisées avec des appels intersyndicaux locaux au retrait et à la grève reconductible qui ont produit l'effet escompté .
Pour le meeting, l'intervention de grévistes anglais , irlandais et portugais sur des bases lutte de classe montre à quel point la coordination de ces mouvements fait défaut. A croire que la CES s'attache plutôt à laisser chacun de son côté !
Et pour l'intervention d' OB , elle est entièrement sur le site national "npa2009.org".
Christiane
Petit complément au compte rendu de la Conférence Nationale du NPA du samedi 11décembre 2010.
Christiane B. par quelques notes judicieuses, me donne l'occasion de compléments qui concernent moins la conférence elle même, que le mouvement social :
- L'absence d'AG en nombre significatif, globalement, quelques soient les secteurs, est aussi une caractéristique de ce mouvement social. De fait comment reconduire une grève si les travailleurs ne se réunissent pas pour en discuter ? On voit que effectivement, les difficultés que nous avons rencontrées dans notre département se sont retrouvées ailleurs. Ces nombreuses similitudes permettent de dégager la nature profonde du mouvement.
- Les grèves reconductibles ont eu lieu là où des équipes radicales ont milité pour. Mais cette condition n'a pas été suffisante, si elle était nécessaire. Même chose pour les appels intersyndicaux locaux à la reconduction de la grève. L'EN en est le meilleur exemple.
- Les deux orgas les plus en vue dans ce mouvement sont incontestablement, la CGT et Solidaires. Ces orgas devraient, à priori, se renforcer. Mais on peut apporter des bémols en ce qui concerne la CGT : les élections professionnelles qui se sont tenues depuis la mise en sommeil du mouvement ont toutes été défavorables à la CGT, au profit de Solidaires. C'est le cas par exemple à la RATP, secteur par ailleurs peu présent dans le mouvement, alors que leurs syndicats annonçaient au tout début, monts et merveilles.
- Preuve peut être que cette affaire, comme ça a été écrit donc à juste titre, n'a pas éteint la combativité des travailleurs, des grèves sur les salaires éclatent ici et là depuis la fin du mouvement. Nous en avons eu un exemple, victorieux, dans le Gard chez les salariées d'Emminence. Combativité donc intacte ?
Guy DEJEAN, le 15 déc. 2010.
Pour une véritable "TVA sociale"
Une piste pour améliorer le pouvoir d'achat
de nos concitoyens les plus défavorisés ?
La notion de crédit d'impôt est désormais familière comme outil de régulation ou d'incitation (R&D pour les entreprises, ADEME, etc …).
Or la TVA est incontestablement l'impôt le plus injuste, en dépit de ses taux particuliers, puisqu'il touche en priorité les bas revenus, affectés en totalité aux achats de subsistance, biens et services.
Une idée à creuser pourrait donc être de constater annuellement (ou selon une autre périodicité), pour chaque foyer fiscal, les achats affectés d'une TVA.
Ceci devrait être rendu aisément possible pour les paiements par carte bancaire, les relevés bancaires pouvant faire apparaître le total de TVA acquitté de la sorte sur les achats du mois. Les paiements par chèque ou en espèces pourraient, au-delà d'un seuil minimum, par exemple dix euros, entraîner la création obligatoire d'une facture, ou d'un relevé mensuel du fournisseur pour les achats "fidélisés".
Il ne semble pas excessif d'estimer qu'au moins 90 % des achats d'un foyer fiscal pourraient être ainsi tracés, l'optimisation du résultat reposant avant tout sur le soin apporté à s'organiser en conséquence.
A partir de là, des tranches de revenus, différentes de celles qui génèrent l'IRPP, serviraient à calculer un crédit de TVA inversement proportionnel au niveau des revenus. Ce crédit serait évidemment nul au-delà d'un certain plafond et maximal, par exemple 50 % de la TVA acquittée sur le total des achats, pour les revenus les plus bas. Deux tranches intermédiaires , 35 et 15 % par exemple, permettraient de moduler cette aide.
Ce crédit de TVA pourrait, pour les foyers imposés à l'IRPP ou aux BIC, venir en déduction de leur impôt, tandis qu'il serait reversé aux non-imposables.
Dans le cas, par exemple, d'un contribuable ayant un revenu annuel net de 12000 €, transformé en achats identifiés et comptabilisés à hauteur de 80 %, soit 9600 €, la TVA globale acquittée dans l'année, moyennée à 15 % pour tenir compte des différents taux de TVA, représenterait 1440 €, soit, au crédit de TVA maximal, un "remboursement" de 720 € pour les plus défavorisés.
Le financement de cette mesure pourrait trouver sa source dans une hausse initiale du plus fort taux de TVA, peut-être à 22 %, le calcul reste à faire,
qui n'affecterait finalement que les revenus les plus élevés, sans que l'impact de cette hausse ne diminue, bien au contraire, le crédit de TVA des plus défavorisés. En effet, reprenant l'exemple précédent, et toujours en moyennant les taux de TVA, cette fois-ci à 18 %, le crédit passerait à 864 € (1728 : 2).
Resterait à trouver une parade à l'impact initial d'une hausse de TVA sur les bas revenus, avant que ne se fasse sentir pour eux, à terme échu, le bénéfice d'une telle mesure.
Bien des arguments pourront être développés en opposition à cette mesure :
- par les "décroissants" : une incitation à augmenter la consommation,
- pour les "débrouillards" : pas de factures pour le "black" … mais pas de TVA non plus,
- pour les commerçants : une charge supplémentaire pour permettre la saisie … mais en revanche occasion de fidéliser une clientèle soucieuse de se simplifier la tâche,
- arbitraire des seuils,
- analyse à usage "indéterminé" des achats des foyers,
- risque de fraude en saisissant des dépenses effectuées par des tiers non concernés par la mesure … mais des plafonds par tranche de revenus ne permettraient pas d'importants abus,
- etc …
Au-delà d'autres blocages et des aspects techniques qui restent évidemment à affiner par simulations, cette mesure vaut aussi par son caractère de solidarité et de responsabilité individuelle.
Personne ne serait obligé de faire usage de cette mesure tout en y étant éligible, façon pour les revenus intermédiaires de pratiquer une sorte de placement éthique dans un contexte par essence mutualisé.
Des bénévoles associatifs pourraient assister dans les premiers temps les personnes ayant des difficultés à mettre en œuvre leur déclaration.
Au total, une mesure profondément sociale visant à réduire, au moins en partie, les scandaleuses inégalités dans la redistribution et qui mériterait donc une attention positive de la part d'économistes et de politiques en mal de propositions.
Georges Pons - 19 décembre 2007
Additif en mars 2009 :
Une difficulté essentielle d'application réside dans le fait que, jusqu'au remboursement du crédit de TVA, les contribuables susceptibles d'en bénéficier verraient leur "trésorerie" encore plus affectée.
La solution pourrait se trouver dans un prêt à taux 0 que les banques seraient tenues d'accorder à ceux qui en feraient la demande, appuyée par une attestation fiscale les déclarant éligibles à cette mesure
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La retraite des pouvoirs
Philippe Corcuff, sociologue, Sandra Demarcq, syndicaliste, Caroline Mécary, avocate et Willy Pelletier, sociologue
Hier une
crise financière, aujourd'hui une crise politique, à la rentrée une crise sociale ?
La crise politique déclenchée par "l'affaire Woerth/Bettencourt" pose le problème des interrelations entre un régime économique basé sur la concentration des richesses et un régime politique basé sur la concentration des pouvoirs. Le principal effet du grain de sable Mediapart ne réside pas dans le dévoilement d'un caché sulfureux, mais dans la façon dont a été rendu publiquement visible ce que nous avions déjà sous les yeux. Ludwig Wittgenstein notait dans ses
Recherches philosophiques :
"Les aspects des choses les plus importants pour nous sont cachés du fait de leur simplicité et de leur banalité. (On peut ne pas remarquer quelque chose – parce qu'on l'a toujours sous les yeux)"
Les classes dominantes sont tissées d'un réseau serré de relations quotidiennes, comme l'ont montré les observations sociologiques de
Michel Pinçon et
Monique Pinçon-Charlot (
Le Monde daté du 14 juillet). Entre les diverses fractions de la bourgeoisie, les hauts fonctionnaires comme les professionnels de la politique effectuant des aller-retour entre l'Etat et le monde des affaires, un entre-soi est cultivé. Il n'y a point là de complot, seulement des évidences partagées dans des formes de vie plus ou moins communes. Une disposition à se sentir à la bonne place, à se croire autorisé à… D'où le sentiment d'incompréhension, avec une pointe d'arrogance, manifesté aux premiers temps de "l'affaire Woerth/Bettencourt", quand le banal a été rendu public :
"pourquoi aurais-je à me justifier ?"
Cette sensation première d'incrédulité de ceux qui sont pris la main dans leur train-train habituel apparaît renforcée par un "savoir commun" des dominants pointé par
Luc Boltanski dans son dernier livre
De la critique (Guallimard, 2009) : la poursuite du cours des choses a besoin de règles mais aussi de transgressions des règles par les dominants eux-mêmes, au nom de
"l'intérêt supérieur de…". Les dominés sont soumis, quant à eux, à une application rigide des dites règles. L'actualité médiatique est aujourd'hui pleine de cette profonde asymétrie, aussi importante que l'asymétrie des richesses et des pouvoirs qu'elle accompagne.
Dans un deuxième temps, la bonne vieille rengaine des théories du complot a pris la suite, tant cette trame narrative réunit dans des stéréotypes semblables les défenseurs et les critiques manichéens des pouvoirs. On a ainsi eu droit à la pensée lumineuse d'un
Frédéric Lefebvre osant la comparaison avec Zola. A droite, où sont passés les
André Malraux et les
Raymond Aron ? Il faudra se contenter du
"complot trotsko-fasciste" (qui a quelques relents de
"complot hitléro-troskyste" prisé jadis par les staliniens). Avant que
Nicolas Sarkozy n'annonce sur France 2 qu'une
"commission" magique allait provoquer comme par enchantement la disparition de
"l'affaire Woerth/Bettencourt" et faire entrer de nouveau l'entre-soi des dominants dans les évidences de l'ordinaire.
L'HORIZON DE L'ÉMANCIPATION INDIVIDUELLE ET COLLECTIVE EST DE NOUVEAU EN JEU
Toutefois la crise politique du sarkozysme, qui appelle une répartition radicalement démocratique et libertaire des pouvoirs, ne constitue qu'une des dimensions des incapacités structurelles de nos sociétés. La récente crise financière du capitalisme a mis en évidence les dérèglements et les faiblesses constitutives de ce mode d'organisation axé sur le profit à court terme. Le capitalisme est clairement apparu comme une machinerie impersonnelle que personne ne contrôle, même si certains en profitent (grassement !). L'échec du sommet de Copenhague sur le climat a souligné l'impuissance capitaliste à traiter sérieusement la question de l'avenir écologique de la planète. La vague de suicides à France Télécom a été un symptôme extrême de la contradiction entre la logique capitaliste et les aspirations à la reconnaissance et à la créativité des individualités contemporaines, que pourtant le capitalisme prétend satisfaire.
A la rentrée, dans le sillage de ces constats critiques, un mouvement social d'ampleur sur les retraites pourrait faire avancer la perspective d'une autre répartition des richesses. Au-delà même, après la parenthèse de la prétendue "fin de l'histoire" des années 1980-1990, l'horizon de l'émancipation individuelle et collective dans des conditions écologiques vivables au sein d'une société post-capitaliste est de nouveau en jeu.
Philippe Corcuff, sociologue, Sandra Demarcq, syndicaliste, Caroline Mécary, avocate et Willy Pelletier, sociologue
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Retraites et oppression des femmes
Bonjour à tous,
Voici ma contribution aux travaux de la commission formation sur la question de la discrimination
et de son actualité.
Bonne lecture, bonne utilisation et à bientôt.
JP.
(voir article du cde du Vigan sur le site)
Merci, JP, pour cette excellente contribution, limite technique, mais il ne faut pas craindre de temps en temps de dépasser slogans et clichés pour aller jusquà la démonstration. Surtout quand celle-ci permet délaborer du neuf comme on retourne un gant.Sur ce sujet des retraites et particulièrement celle des femmes, javais récemment consulté par courriel les copines de notre comité local à propos dun constat que je me souviens avoir entendu développer par Gisèle Halimi au cours dune université dété dAttac en 2000 ou 2001 : lactivité des femmes au foyer autour des innombrables tâches domestiques ne figure nulle part dans la comptabilité nationale. A la limite, on sen foutrait, sachant le peu de prix quil faut donner à une notion aussi dingue et toxique que le PNB. Ce qui choque en revanche, cest quune activité aussi essentielle que celle-ci, à la fois pour le bénéfice immédiat quen retirent les familles, mais aussi parce quelle libère (si lon peut dire ...) des millions dactifs au service de léconomie, passe purement et simplement à la trappe.
Autrement dit, pourquoi cette activité domestique ne donne-t-elle droit à aucune reconnaissance salariale et, partant, ne crée
pas de droits à retraite ? Je suggérais que cette activité quasi-occulte ouvre, à défaut dun salaire (pourquoi pas dailleurs un salaire socialisé, un revenu optimal garanti, un revenu dexistence, quel que soit le nom quon lui donnerait ?) un droit à pension : la cotisation permettant de la constituer étant répartie entre le salarié social, le ou la conjoint-e salarié-e du privé ou du public et lemployeur (privé ou public) qui ne peut louer les services de son salarié que grâce à celui des éléments du couple qui prend en charge les activités dites ménagères et serait donc tenu à contribuer. Ca rappelle lépoque, encore pas si lointaine, où lépouse dun artisan, et cest souvent elle qui assure la gestion administrative et comptable de lentreprise, navait aucun statut social.
Tu soulignes à juste titre la discrimination salariale hommes/femmes, mais celle-ci nest-elle pas encore plus insupportable ?
Une seule des camarades que jai interrogée a réagi, et surprise !, pour dénoncer ce qui lui semble être un encouragement à perpétuer une distribution des rôles patriarcale. Javais beau avoir pris la précaution de dégénérer le sujet en précisant que la prise en charge de ces tâches domestiques, outre le fait quelles ne constituaient pas un monopole, incombait indifféremment à lhomme ou à la femme, on croirait que le seul fait dévoquer un champ de compétences comme celui-ci devenait un crime de lèse-féminisme.
Alors voilà, puisque tu as pris le temps de nous donner une analyse sérieuse du sujet, à travers notamment laggravation due à la décote, jaimerais avoir ta position sur ce qui précède. Jai en effet observé que dans ses documents publics de notre parti sur la réforme des retraites, la situation particulières de la femme nétait pas mise en relief très vigoureusement, comme tu las fait à juste titre dans ta contribution.
G
Juste une remarque qui ne répond pas vraiment au message de G
Je crois qu'on ne peut pas séparer le problème de la diffrérence de salaire entre hommes et femmes de la division sexuée des tâches domestiques quand on avance des revendications. Ce que je veux dire par là c'est que c'est parce que les femmes sont moins payées qu'elles restent plus à la maison pour s'occuper des enfants et faire le ménage quitte à interrompre totalement ou partiellement leur activité profesionnelle (car le manque à gagner est moins désavantageux pour le ménage : voir le faible nombre de pères qui prennent un congé parental d'éducation) et c'est parce qu'elles ont des interruptions de carrières ou qu'elles ont des obligations familiales qu'elles progressent moins vite et gagnent donc moins d'argent. C'est un cercle vicieux, et c'est pour ça qu'il faut attaquer sur ces deux fronts : revendiquer l'égalité de salaire et l'égalité au niveau des tâches domestiques.
Je suis sûre que G et J.P ne manqueront pas de participer à une prochaine édition de la formation "opression spécifique des femmes / féminisme" afin que nous poursuivions ce débat. ;-)
A
La dette de la Grèce : quel mot d’ordre faut-il défendre ?

François Chesnais
Dans la caractérisation de la dette grecque et dans les mots d’ordre la concernant, les
associations et les partis des mouvements anticapitaliste et altermondialiste font preuve d’une
grande prudence, confinant à la timidité. Je vais chercher à expliquer pourquoi le mot d’ordre
qui s’impose aujourd’hui est la répudiation (terme meilleur qu’annulation) de sa dette par la
Grèce. Avec le soutien des salariés de tous les pays d’Europe, les travailleurs et la jeunesse
grecque pourraient parfaitement l’arracher. Le mot d’ordre vaut évidemment pour toutes les
dettes publiques. Elle est la seule manière de mettre fin à ce qu’on nomme la « dictature des
marchés », qu’il serait mieux de nommer la « soumission volontaire » des gouvernements,
tant est flagrante leur démission complète face aux banques et aux fonds de placement
financier, leur acceptation de se faire les relais et les exécutants des mesures voulues par eux.
L’exemple de la France permet d’expliquer les mécanismes usuriers de service des intérêts de
la dette dont les Etats sont le pivot. L’endettement public a sa source dans le bas niveau et la
faible progressivité de la fiscalité directe (impôts sur le revenu, le capital et le profit des
entreprises) et dans l’évasion fiscale. Le mécanisme en est simple : les gouvernements
commencent par emprunter à ceux qu’ils renoncent à taxer, avant de les protéger ouvertement
de l’impôt comme Sarkozy. Le service des intérêts opère ensuite un transfert de richesse au
bénéfice des détenteurs des titres de la dette et en renforce chaque plus leur pouvoir
économique et politique. Les « marchés », terme fétichisé derrière l’anonymat duquel se
cache des institutions financières tout à fait précises, grandes banques, sociétés d’assurance et
fonds de placement financier, peuvent dicter la politique du capital aux gouvernements qui
peuvent se cacher derrière « l’obligation morale d’honorer les dettes ».
La montée de la dette a épousé le mouvement de la libéralisation financière. On voit qu’elle
prend son essor seulement dans les années 1980. En France, dans les conditions politiques et
institutionnelles de l’après Seconde guerre mondiale, le recours à l’endettement public était
très limité. Tout change avec la libéralisation financière. C’est l’introduction à partir de 1982-
83, sous les gouvernements de l’Union de la gauche avec Fabius et Bérégovoy aux Finances,
de mesures permettant le placement sur le marché obligataire spécialisé d’effets émis par le
Trésor (ce qu’on nomme la « titrisation ») qui a fait faire un bond à la dette. Elle est passée de
20 % du PIB en 1980 à 35 % en 1990, avant que sa croissance ne s’accélère à partir de 1991
jusqu’à atteindre 60 % sous le gouvernement Juppé et presque 64 % en 2007.L’indemnisation
des nationalisations de 1980-81 a lancé le mouvement, cadeau fait aux grands groupes dont
l’Etat socialisait les pertes antérieures et opérait la restructuration avant de les rendre très
rentables au secteur privé. Puis sont venues les dépenses de la loi de Programmation militaire
1987-1991 (les Rafale et autres porte avions et sous-marins nucléaires) qui ont donné à la
dette un nouveau coup d’accélérateur. A partir de la récession de 1991, l’effet conjugué de
taux d’intérêts réels élevés et de la croissance lente, due aussi déjà à la mise en place de l’euro
lance « boule de neige » de l’endettement qui porte le service des intérêts de la dette à un
niveau très élevé. Le service des intérêts est la seconde dépense de l’Etat, après l’Education
nationale (hors universités) et avant tous les autres ministères, y compris la Défense.
La déréglementation financière accrue de l’euphorie financière des années 2000 a accentué les
effets de la fiscalité favorable au capital, de l’évasion vers les paradis fiscaux, la Suisse, le
Luxembourg puis les paradis fiscaux plus exotiques et la délocalisation systématique des
sièges sociaux des entreprises. Le rapport Pébereau de 2007 présente la concurrence fiscale
comme un effet normal de la libéralisation des marchés, auquel les gouvernements n’ont pas
d’autre choix que de s’adapter. Les recettes fiscales diminuant et l’endettement étant une
atteinte contre les générations futures, reste les coupes sombres dans les dépenses budgétaires
et la « réforme de l’Etat » -- réduction du nombre des fonctionnaires et démantèlement du
statut de la Fonction publique. La dette est détenue par les banques, les sociétés d’assurance
et les fonds de placement financier (les Hedge Funds). Fin 2003, les investisseurs français
détenaient 56% de la dette et les étrangers 40%. En 2006, les chiffres se sont inversés. Fin
2009 la part détenue par les fonds étrangers était de 69,8%.
Dette publique des pays de la zone euro en % du Produit intérieur brut (PIB)
2007 2008 2009* 2010** Accroissement
depuis 2007
Autriche 59,4% 62,5% 70,4% 75,2% 26,6%
Belgique 84% 89,6% 95,7% 100,9% 20,1%
Finlande - 33,4% 39,7% 45,7% 36,8%
France 63,8% 68% 75,2% 81,5% 27,7%
Allemagne 65,1% 65,9% 73,4% 78,7% 20,9%
Grèce 94,8% 97,6% 103,4% 115% 21,3%
Irlande 25% 43,2% 61,2% 79,7% 218,8%
Italie 103,5% 105,8% 113% 116% 12,2%
Pays-Bas 45,6% 58,2% 57% 63,1% 38,4%
Portugal 63,5% 66,4% 75,4% 81,5% 28,3%
Espagne 36,2% 39,5% 50,8% 62,3% 72,1%
Zone euro 66% 69,3% 77,7 83,6% 26,0%
*estimation ; ** prévision. Source : Eurostat. Pour la Finlande, le taux d’accroissement est calculé sur 2008
On voit que le niveau de l’endettement était déjà très élevé avant d’exploser à la faveur du
sauvetage par Sarkozy des banques et des entreprises en 2008. Fin 2009, la dette publique
française représentait 68% du PIB (proche comme le montre le tableau de la moyenne de la
zone euro) et 12% du budget de l’Etat. En 2009, les intérêts payés aux banques et aux fonds
de placement (43 milliards d’euros) a été plus élevé que les recettes de l’impôt sur les sociétés
(35 milliards). Le service de la dette pèse vraiment de façon exclusive sur les salariés. En
2010, l’Agence France Trésor (le terme département du Trésor a été abandonné comme trop
« ringard ») a déjà placé sur le marché des titres de la dette publique, 120 milliards d’euros de
nouveaux titres, dont 60 milliards pour le seul mois de mars (pour tous ces chiffres et d’autres
encore, voir le site du Trésor : http://www.aft.gouv.fr/).
En Grèce, des traits de « dette odieuse » : corruption massive, achats d’armes, dépenses
totalement improductives
Du triple fait de son origine dans le refus de taxer les hauts revenus, le patrimoine et les
profits ; de ses liens très étroits avec les paradis fiscaux et la « concurrence fiscale » entre
pays ; enfin de la destination d’une partie des dépenses (achat d’armes, opérations militaires
en Afrique et en Afghanistan, répression dans les banlieues), la dette peut être caractérisée
politiquement comme illégitime. Si on le fait, il faut agir de façon conséquente. Entrer,
comme le font tant d’économistes de gauche, dans la discussion de savoir si elle est trop
élevée ou non, débattre de la manière de la gérer, c’est qu’ils le veuillent ou non, la légitimer.
Depuis que la Caisse des dépôts a perdu le monopole du Livret A, que la petite épargne ne
sert plus au financement du logement social et que les banques servent un taux intérêt
inférieur à l’inflation, dire qu’il ne faut pas « oublier l’épargne des gens » placée dans les
prêts à l’Etat, c’est se montrer aujourd’hui soucieux des intérêts des couches supérieures de
cette « classe moyenne » si élastique, des couches qui ne sont pas forcées de dépenser tout ce
qu’elles gagnent chaque mois.
Illégitime en France, la dette acquiert dans le cas de la Grèce des traits de « dette odieuse ».
Le tableau montre qu’en 2007, à la veille de l’éclatement de la crise financière et économique
mondiale, la dette grecque était déjà élevée en termes de pourcentage du PIB (94,8%), le
chiffre de l’Italie étant supérieur. Le mécanisme de fond est celui qu’on vient de rappeler pour
la France. Les politiques fiscales de baisse des impôts sur le revenu, le patrimoine et les
sociétés), ont réduit les recettes budgétaires et créé un déficit public financé par l’endettement.
Mais la dette grecque a des traits de « dette odieuse », pour utiliser la caractérisation donnée à
la dette des pays qu’on rangeait autrefois en bloc sous le nom de Tiers monde. Les sommes
empruntées ont servi à organiser la corruption à très grande échelle. On sait maintenant depuis
plusieurs mois que le gouvernement du parti Nouvelle Démocratie et l’ancien Premier
Ministre Costas Karamalis ont truqué les statistiques dans le double but de masquer l’ampleur
de son clientélisme et de sauvegarder l’image économique de la Grèce auprès de l’Union
européenne, de la BCE et des investisseurs. Aucune poursuite n’a pourtant été engagée à
l’encontre de Karamalis. Là où l’utilisation des fonds est connue (sans que ne le soit les
commissions occultes qui l’a accompagnées), on a affaire aux dépenses très élevées encourues
par la tenue des Jeux olympiques en 2004 et surtout aux achats d’armes.
Les achats d’armes relèvent pleinement de la problématique des dettes odieuses. Les données
préliminaires du rapport 2010 du SIPRI de Stockholm (http://www.sipri.org/yearbook), qui
est la plus importante source de données en la matière, révèlent que la Grèce a été un des cinq
plus importants importateurs d’armes en Europe entre 2005 et 2009 (voir l’article de Jean-
Marie Collon dans son blog à http://alternatives-economiques.fr/ . L’achat d’avions de combat
représente à lui seul 38 % du volume de ses importations, avec notamment l’achat de 26 F-16
(Etats-Unis) et de 25 Mirages 2000 (France), ce dernier contrat portant sur une valeur de 1,6
milliards d’euros. Mais la liste des équipements français vendue à la Grèce ne s’arrête pas là,
on compte également des véhicules blindés (70 VBL), des hélicoptères NH90, des missiles
MICA, Exocet, Scalp et des drones Sperwer. Les achats de la Grèce en ont fait le troisième
client de l'industrie de défense française au cours de la décennie écoulée. En 2008, ces
livraisons ont atteint 261 millions d'euros. Sur son blog de Libération, un autre expert des
ventes d’armes, Jean-Dominique Merchet, explique que « la Grèce était en discussion avancée
avec la France et Dassault pour acheter des Rafales à 50 millions d'euros pièce. Aujourd'hui,
avec la situation actuelle, tout ça va tomber à l'eau ».La France n’est pas le seul des grands
producteurs d’armes (Etats-Unis, Russie, Grande Bretagne, France et Allemagne) à vendre à
la Grèce des armes et donc à la pousser à accroître sa dette. L’Allemagne lui a aussi vendu
entre 2005 et 2009 pour plusieurs milliards d‘euros d’équipement (chars Leopard, sous-marin
Type 214, munitions).
Même si la relation se noue en Europe et non en Afrique ou en Amérique latine, la
combinaison entre l’endettement externe contracté à l’égard de banques et des fonds de
placement appartenant aux mêmes pays que les entreprises qui vous vendent des armes,
relève d’un type de subordination caractéristique de l’impérialisme. L’agence Public Debt
Management Agency, citée par Natixis-Flash 2010 – 118, pages 5 et 6 détaille la détention de
la dette de la Grèce par nationalité et par type d’institution. Des chiffres un peu différents ont
été publiés par le banque britannique HSBC et d’autres encore par des sources françaises,
parfaite illustration de l’opacité de la finance. Ici nous utilisons celles du service dirigé chez
Natixis par Patrick Artus dont on cite, à juste titre, souvent les données. Par nationalité les
investisseurs grecs détiendraient 29% de la dette, suivis des britanniques (23%), des français
(11%) et des allemands (9%). La part des américains ne représenterait que 3%. Par type
d'investisseurs, les fonds de placement financiers (Hedge Funds, gérants d’actifs et fonds de
pensions) représentent 58% du total, devant les banques (45%), suivies de très loin par les
banques centrales (5%).
Les médias français font grand cas s’agissant de la dette grecque de « l’exposition élevée au
risque des investisseurs ». Le montant de la dette grecque est de 300 milliards d'euros en 2010. A
titre de comparaison, les pertes en 2008 sur les effets « subprime » que les banques centrales et les
gouvernements ont colmatées sans hésiter, ont avoisiné les 700 milliards d’euro. On constate un
fort contraste entre les chiffres publiés pour « justifier » auprès des Français le plan d’austérité
imposé à la Grèce et les chiffres de très faible exposition au risque publiés par chaque banque
individuellement : pour BNP Paribas, cinq milliards d'euros, auxquels s'ajoutent trois milliards
d'engagements commerciaux sur des entreprises privées grecques ; pour la Société générale
trois milliards d'euros plus une participation de 54 % dans la banque grecque Geniki ; pour le
Crédit agricole 850 millions d'euros, dont 600 pour sa filiale grecque Emporiki ; pour Axa
500 millions d'euros. A titre de comparaison, ce sont 320 milliards d’euros qui ont été levés en
octobre 2008 par le Trésor pour financer le sauvetage des banques et des grandes entreprises
françaises.
Guerre sociale contre les travailleurs, nouvelle phase de la crise : moment qui appelle la
réappropriation du mot d’ordre de répudiation de la dette
Au-delà des ces chiffres et de leurs divergences éventuelles, l’essentiel est ailleurs. Il est dans le
mécanisme de financement de « l’aide au peuple grec » que le Parti socialiste est « fier » d’avoir
voté en signe de « solidarité » et dans la brutalité du plan d’austérité que les députés et les
sénateurs socialistes ont appuyé par leur vote. Les médias ont clamé que « la France aidait la
Grèce ». Le ministre du Budget Barouin a tout de suite précisé que « cette aide ne coûtera rien
aux contribuables français ». Effectivement c’est de l’argent levé par le Trésor sur le marché à
un taux d’intérêt d’environ 3% qui va être prêté à la Grèce à 5%. Ce taux sera inférieur à celui
dépassant 11% que la Grèce a payé fin avril. « L’aide » en « solidarité » va donc enrichir
encore les investisseurs financiers et renforcer donc de nouveau leur pouvoir social et
politique.
C’est dans l’extrême brutalité des mesures qui ont été décidées et que le gouvernement a pour
mission de tenter d’imposer sous la surveillance permanente de contrôleurs étrangers que les
traits de dette odieuse de la dette grecque se manifestent peut-être par-dessus tout, ainsi que la
relation de caractère parfaitement impérialiste entre pays débiteur et créanciers cristallisée par
le rôle du FMI. Les mesures « négociées » par le gouvernement grec avec le FMI et la BCE
incluent le gel des salaires et des retraites de la fonction publique pendant cinq ans et la
suppression de l’équivalent de deux mois de salaire pour les fonctionnaires. En ce qui
concerne les retraites, l'âge légal, actuellement de 65 ans pour les hommes et de 60 ans pour
les femmes, va être lié à l'espérance de vie moyenne. La durée du travail pour avoir droit à
une retraite pleine sera progressivement portée de 37 ans à 40 ans en 2015. La base de calcul
prendra en compte le salaire moyen de la totalité des années travaillées, et non plus le dernier
salaire. Le taux principal de la TVA après être passé de 19 à 21%, est porté à 23%. Les taxes
sur le carburant, l’alcool et le tabac augmentent pour la deuxième fois en un mois de 10%.
L’Etat réduira ses dépenses de fonctionnement (santé, éducation) d’1, 5 milliards d’euros. La
libéralisation des marchés des transports et de l'énergie va être accentuée ainsi que
« l'ouverture à la concurrence» des professions fermées. Dans le secteur privé, l e
gouvernement va revoir la législation qui interdit aux sociétés de licencier plus de 2 % de
leurs effectifs totaux par mois. La flexibilité du travail sera renforcée et les indemnités de
départ diminuées.
Le caractère de dette odieuses que ces mesures révèlent tient aussi bien à la paupérisation des
millions de Grecs qu’elles vont provoquer rapidement qu’à la certitude qu’ont les économistes
tant soit peu indépendants de leur caractère fortement « pro-cyclique ». Elles vont enclencher
des mécanismes de récession « supplémentaires », pour ainsi dire, à ceux que l’Union
européenne connaît déjà, dont les effets seront si forts que le montant des intérêts nécessaires
pour assurer le service de la dette ne sera jamais réduit vraiment. Il faudra passer tôt ou tard
par un « aménagement » pour éviter le défaut de paiement. Les souffrances que les salariés, la
jeunesse et les couches populaires ont donc pour but d’opérer les ponctions tant qu’il est
encore temps et aussi de démontrer la puissance politique des créanciers. In fine, les mesures
imposées à la Grèce par l’entremise du FMI et de la Banque centrale européenne sont une
démonstration par la finance de son pouvoir économique et politique que la crise financière et
la récession économique a, pour l’instant au moins, renforcé.
En début d’article, j’ai utilisé les mots prudence et timidité. Trop d’articles se situent, me
semble-t-il, sur le terrain des institutions européennes, de l’euro (« sortie de l’auro »,
« monnaie unique » ou « monnaie commune »), de la transformation de la Banque centrale
européenne, etc. D’autres textes, comme la déclaration des trois CADTM, préconisent « la
taxation des grands créanciers (banques, assurances, fonds spéculatifs… mais aussi
particuliers fortunés) à hauteur des créances qu’ils détiennent », mais sans que ces créances
soient annulées ou répudiées. Les CADTM défendent « l’abolition de la dette extérieure
publique des pays en développement », mais pas l’abolition de celle de la Grèce. Tout est à
nous publie un article qui appelle à « refuser le ‘plan de sauvetage’ » sans prononcer les mots
annulation ou répudiation, rappelant simplement que « les Islandais ont refusé de payer pour
une faillite qui n'est pas la leur, lors d’un référendum en mars dernier. Il faut refuser de payer
pour des dettes sans audit, transparence et débat sur ces dettes ». La déclaration de la Gauche
radicale européenne du Premier mai n’en parle pas. Dans son tract « Contre la tyrannie des
financiers » publié sur le site de A l’encontre, le MPS propose l’objectif de la « suspension du
remboursement de la dette publique » (ce qu’on appelle aussi le moratoire). J’ai défendu cette
position dans L’Humanité il y a trois ans pour la France, mais aujourd’hui elle me paraît bien
timide et insuffisante. L’article de Tout est à nous et le tract du MPS mettent en avant l’idée
d’un audit public de la dette grecque. L’idée est intéressante à condition de lui donner un sens
analogue au mot d’ordre classique de « l’ouverture des livres de comptes des entreprises ». Il
serait donc nécessaire que soit précisé qu’il reviendrait aux syndicats et partis ouvriers de
mener cet audit, que c’est à ceux-ci que la revendication s’adresse.
Une nouvelle étape de la crise économique et financière mondiale commencée en 2007 s’est
ouverte. De la lutte sociale également, notamment en Europe. L’ampleur des manifestations et
la violence des affrontements en Grèce, ainsi que l’annonce dans un nombre croissant de
pays, le Portugal, l’Espagne, la France, la Hongrie, (la liste n’est pas limitative) de plans de
coupure drastique des dépenses budgétaires, devraient inciter la gauche anticapitaliste et
révolutionnaire à se réapproprier le vieux mot d’ordre de la répudiation de la dette. C’était le
mot d’ordre traditionnel du mouvement ouvrier. La répudiation de la dette contractée par
l’Etat tzariste au cours de la révolution d’Octobre lui donné dans les années 1920 un écho et
un prestige considérables. La crise mondiale en cours nous a rapprochés de certains aspects de
la crise de 1929. Pourquoi la répudiation et non l’annulation ? Le terme d’annulation vaut
pour la dette de pays très pauvres et très vulnérables. L’appel à l’annulation s’adresse aux
pays créanciers. S’agissant aujourd’hui de la dette d’Haïti par exemple, c’est le mot d’ordre
correct. S’agissant de l’Europe et des salariés et des secteurs de la jeunesse prêts à l’action
dans notre continent, le mot d’ordre qui s’impose est celui exprimant le mieux le processus où
les travailleurs se dressent face au capital et aux gouvernements qui en acceptent les ordres.
C’est pour la répudiation de la dette que la gauche anticapitaliste et révolutionnaire doit
militer.
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